Economique

Forum du Réseau des journalistes de Mbour pour la pêche et l’environnement (RJMPE), Thème : ROLE DE LA PÊCHE ARTISANALE DANS LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE : L’IMPORTANCE DES PETITS PÉLAGIQUES Traité par Mr Gaoussou GUEYE

Petitecote.net - Publié le 22/10/2012 à 18:21:48

INTRODUCTION La pêche a une importance considérable pour une grande partie de la population pauvre du monde. Elle contribue de manière significative à l’emploi et fournit un moyen de subsistance. Pour un plus grand nombre encore, en Afrique comme dans d’autres régions du monde, elle garantit la sécurité alimentaire et l’apport en nutriments essentiels.


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Source Petitecote.net

 

 

— La pêche artisanale constitue un filet de sécurité alimentaire pour les populations pauvres et marginalisées et un moteur économique pour les pays du Sud.

— Au regard des objectifs du millénaire pour le développement, la pêche apparaît comme un secteur clé, accessible à des millions de personnes vivant au dessous du seuil de la pauvreté.

— Au Sénégal comme partout ailleurs, le poisson représente une importante source de protéines animales pour les populations. Aussi, la pêche constitue une composante essentielle de la politique de l’État en matière de sécurité alimentaire. Ce secteur permet de couvrir une part importante des besoins en protéines animales des populations et à des prix relativement bas principalement grâce aux poissons pélagiques.

 

II- PROBLEMATIQUE

— En Afrique, pour deux cent millions de personnes, le poisson représente entre 22 et 70 % des protéines animales consommées. Pour les villages isolés des campagnes, comme pour les populations démunies des villes, il représente souvent l’unique source de protéines et de nutriments essentiels. Pourtant, en Afrique, la consommation recule. Aujourd’hui, les africains consomment deux fois moins de poisson par habitant que la moyenne mondiale qui, de près de 10 kg dans les années 60, est passée à près de 17 kg en 2006. A lumière du développement démographique, on estime qu’en 2030 on aura besoin de 37 millions de tonnes de poisson supplémentaires pour maintenir le niveau de consommation actuel.

— Au Sénégal, dans toutes les régions (à l’exception de Tambacounda), la part du poisson dans la consommation est de 35,7Kg/an per capita et représentent environ 70% des protéines. Cette dimension confère à la pêche un rôle fondamental pour le développement humain en ce qu’elle participe à l’amélioration des conditions de vie des populations, surtout en ce qui concerne l’aspect nutritionnel si l’on sait qu’aujourd’hui, près de 1/6ème de la population mondiale souffre de la fa

— Dans son introduction, le Code de Conduite pour une Pêche Responsable «reconnaît l’importance nutritionnelle, économique, sociale, environnementale et culturelle de la pêche». Le Code décrit un de ses objectifs comme étant de «promouvoir la  contribution de la pêche à la sécurité alimentaire et à la qualité des aliments tout en donnant la priorité aux besoins nutritionnels des communautés locales» (Art. 2 (f)). Le code reconnaît également que l’aménagement des pêches devrait se faire dans un contexte de «sécurité alimentaire, de réduction de la pauvreté et de développement durable» (Art. 6.2).

 

III- IMPORTANCE ECONOMIQUE DE LA PECHE AU SENEGAL

— 3.1- Données économiques et sociales

— Au Sénégal, le secteur des pêches est une composante essentielle du développement rural. Il joue un rôle stratégique et de soutien à la croissance de l’économie nationale en contribuant notamment à la réduction du déficit de la balance des paiements et du chômage.

— La pêche occupe une place prépondérante dans la politique publique de création d’emplois. Elle génère aujourd’hui près de 63 000 emplois directs aux pêcheurs nationaux dont 94 % sont fournis par la pêche artisanale soit 59.220 Pêcheurs (Statistiques Direction des pêches -; moyenne de 2000à 2010).

— Le potentiel halieutique est estimé à 500 000 tonnes par an dont 375 000 tonnes de petits pélagiques, ce qui fait du Sénégal l’un des principaux pays de pêche maritime de l'Afrique intertropicale. Les captures totales du Sénégal fluctuent d’une année à l’autre mais se situent en moyenne à environ 423.500 000 tonnes entre 2000 et 2010 pour une valeur estimée à 131,482 Milliards de francs au débarquement. Entre 2006 et 2009, le secteur a contribué en moyenne pour 1,5% au PIB total, 16,3% au Budget de l’Etat, 10,4% au PIB du secteur primaire et 21,53% aux exportations sénégalaises.

 

3.2- Etat des Ressources maritimes et niveaux d’exploitation

— Les principales ressources exploitées dans la ZEE du Sénégal présentent différents états d’exploitation :

— La pêche des poissons démersaux côtiers et des céphalopodes fait l'objet d'une rude concurrence entre les pêcheries artisanales et industrielles. Les évaluations les plus récentes du Centre de Recherches Océanographiques de Dakar Thiaroye (CRODT), les indices observés au niveau de la production débarquée ainsi que les constats quotidiens des pêcheurs artisanaux ou industriels suffisent aujourd’hui pour confirmer que les poissons démersaux côtiers montrent tous les signes d’une ressource surexploitée.

— les ressources pélagiques côtières (sardinelles, chinchards, etc) suscitent également des inquiétudes. A la 7ème réunion du groupe de travail de la FAO sur l’évaluation des petits pélagiques au large de l’Afrique nord-occidentale, tenue à Agadir du 17 au 26 avril avril 2007, il est apparu que le stock de sardinelles rondes est surexploité et qu’une diminution de l’effort pour la pêche totale d’au moins 50 % sur les deux espèces de sardinelles a été recommandée. Le chinchard blanc est surexploité et le chinchard noir pleinement exploité, une diminution de 20% de l’effort actuel est recommandée pour ces espèces.

 

IV- CONTRIBUTION DES PÊCHES ARTISANALES A LA RÉDUCTION DE LA PAUVRETÉ ET LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE.

— Pour mieux apprécier la contribution de la pêche artisanale dans la réduction de la pauvreté et la sécurité alimentaire, il est utile de donner les définitions des concepts clés y afférents.

— Pauvreté.

— Le Rapport sur le développement humain, dans une discussion sur la pauvreté et le développement humain, a déclaré que La pauvreté signifie l’impossibilité d’accéder aux opportunités et choix indispensables au développement humain – vivre plus longtemps, rester en bonne santé, mener une vie stimulante et posséder un standard de vie décent, la liberté, la dignité, le respect de soi-même et le respect des autres.

— Réduction de la pauvreté.

— Dans le contexte de ces directives, la réduction de la pauvreté est un processus qui permet aux populations qui s’engagent/investissent dans des activités de pêche d’accéder, avec le temps, à de meilleures conditions de vie.

— Sécurité alimentaire.

— Le Sommet mondial de l’alimentation qui s’est tenu en 1996, a défini la sécurité alimentaire comme «le droit de chaque être humain d’avoir accès, physiquement et économiquement, à une nourriture saine et nutritive pour satisfaire ses besoins nutritionnels et ses préférences alimentaires et lui permettre de mener une vie saine et active».

— La capacité d’un pays à produire de quoi nourrir sa population, citée comme autosuffisance alimentaire nationale, n’est ni nécessaire ni suffisante pour garantir la sécurité alimentaire aux particuliers/ménages. Dans certains pays capables de satisfaire leurs propres besoins il n’est pas rare de trouver une grande partie de la population en situation d’insécurité alimentaire; d’autres pays qui ne sont pas autosuffisants peuvent, par contre, grâce aux produits qu’ils sont en mesure d’importer, ne manifester qu’un faible niveau d’insécurité alimentaire.

 

IV- CONTRIBUTION DES PÊCHES ARTISANALES A LA RÉDUCTION DE LA PAUVRETÉ ET LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE (suite).

4.1 Pêches artisanales et réduction de la pauvreté dans les foyers

— On estime que 60.000 personnes en moyenne au Sénégal sont des pêcheurs et pratiquent les pêches de capture artisanales en eaux marines. En supposant que le taux d’occupation dans des activités directes en amont et en aval soit de à 3, les moyens d’existence de 180.000 personnes, seraient donc garantis par les pêches artisanales et les activités étroitement liées (transformation, commercialisation, services auxiliaires, etc.). Si, en moyenne, il y a deux autres dépendants pour chaque tâche, on peut alors dire qu’il y aurait quelques 540.000 d’individus tributaires des pêches artisanales au Sénégal.

— Le nombre total d’emplois directs et indirects générés par la pêche artisanale est estimés actuellement à 1.143.334 dont un nombre important de femmes dans les filières de la transformation artisanale et du micro mareyage surtout dans les régions de Thiès, Saint-Louis, et Dakar , qui contribue ainsi largement à la résorption du chômage.

 

IV- CONTRIBUTION DES PÊCHES ARTISANALES A LA RÉDUCTION DE LA PAUVRETÉ ET LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE (suite).

4.2- Place des petits pélagiques dans la sécurité alimentaire et la lutte contre la pauvreté

— Les poissons pélagiques côtiers constituent, en tonnage débarqué, les ressources marines les plus importantes au Sénégal. En moyenne, selon les périodes, les pélagiques peuvent représenter entre 70% et 80% des prises réalisées dans la ZEE sénégalaise. Les captures totales de pélagiques côtiers sont largement dominées par les sardinelles (rondes et plates). En moyenne, la production artisanale représente près de 70% de la production totale nationale dont 242.917 tonnes de pélagiques en moyenne annuelle entre 2000 et 2010 soit 66,3% des débarquements totaux. Les sardinelles constituent le tonnage le plus important des mises à terre avec un tonnage de 224.741tonnes représentant 92,52% des débarquements de la pêche artisanale et 61,3% des débarquements nationaux.

— L’importance de la contribution des petits pélagiques dans la lutte contre la pauvreté et la sécurité alimentaire au Sénégal est une réalité incontestable qui se vérifie à partir des paramètres communément utilisés pour leur mesure et concernent principalement : la création d’emplois et de revenus; la consommation per capita.

 

V- CONTRAINTES MAJEURES A LA CONTRIBUTION DE LA PECHE ARTISANALE A LA SECURITE ALIMENTAIRE ET LA LUTTE CONTRE LA PAUVRETE

— Comme si cela ne suffisait pas cette forte menace exercée sur la ressource depuis plus d’une décennie :

— L’Etat sénégalais a, tout dernièrement, octroyé à des navires-usines russes, des autorisations d’exploitation dans les eaux sénégalaises d’espèces pélagiques telles que les sardinelles. Les professionnels artisans ont tiré la sonnette d’alarme par rapport à ces navires qui sont interdits par la législation sénégalaise vu le risque qu’ils mènent à une surexploitation de ces ressources.

 

V- CONTRAINTES MAJEURES A LA CONTRIBUTION DE LA PECHE ARTISANALE A LA SECURITE ALIMENTAIRE ET LA LUTTE CONTRE LA PAUVRETE (SUITE)

— En octobre 2011, sur autorisation de l’Etat Mauritanien, une compagnie de pêche chinoise, China Fishery, spécialisée dans la pêche au chalut pour les petits pélagiques et la production de farine et d'huile de poisson, a commencé à pêcher dans les eaux mauritaniennes. Cette compagnie compte développer des usines de production de farines de poisson, pour l’aquaculture et l’élevage intensifs. A plus ou moins court terme, on peut imaginer que la pêche pour la farine sera en compétition avec la pêche pour la consommation humaine. Quel choix sera fait? Nourrir les poulets en batterie ou les saumons d’élevage pour les marchés des pays industrialisés, ou nourrir les populations africaines ?

— Une autre compagnie chinoise, Pacific Andes, a déjà envoyé deux de ses chalutiers congélateurs en Mauritanie avec la possibilité d'augmenter ce nombre de bateaux à cinq. La compagnie a aussi envoyé en Mauritanie le La Fayette, bateau-usine qui sera approvisionné par ses propres chalutiers aussi bien que par d'autres chalutiers européens, provenant d'Irlande et d'Ecosse, utilisant la technique du chalutage en boeuf, reconnue comme non sélective et destructrice.

— Ces chalutiers, tout comme les super chalutiers européens ciblant les petits pélagiques à travers l’accord de pêche UE Mauritanie, font des prises accessoires importantes, y compris de requins et de raies, de tortues de mer, etc. Pour ce qui est des super-chalutiers européens, il a été montré par les scientifiques marocains que les quantités de prises accessoires de poissons démersaux faits par cette flotte de super chalutiers seraient comparables aux quantités de poissons démersaux capturés par les pêcheries ciblant ces stocks.

 

V- CONTRAINTES MAJEURES A LA CONTRIBUTION DE LA PECHE ARTISANALE A LA SECURITE ALIMENTAIRE ET LA LUTTE CONTRE LA PAUVRETE (SUITE)

— L’accroissement récent de l’effort de pêche sur les différents stocks de petits pélagiques fait peser des menaces importantes sur les pays de la sous-région. En cas d’épuisement de certains stocks, cela signifierait des baisses conséquentes de ressources budgétaires (Mauritanie), des pertes de ressources pour la pêche artisanale (Mauritanie, Sénégal et Gambie) et une diminution de la disponibilité en ressources alimentaires pour les pays de la sous-région et même de l’Afrique centrale qui reste le principal marché des flottes industrielles. Les conséquences socio-économiques seraient ainsi très importantes pour les populations côtières qui vivent de la pêche (pêcheurs, transformateurs traditionnels, commerçants), et les risques environnementaux très élevés (report sur d’autres espèces, accroissement de la pêche INN en conséquence de l’état de surcapacité des flottes). Compte-tenu du contexte de surexploitation de certains stocks et de tendance à l’augmentation de l’effort de pêche), il devient urgent de tenter de solutionner ce problème et d’amener les pays côtiers concernés à s’entendre sur un mode de gestion et de conservation d’une ressource partagée.

 

VI-QUELLES SOLUTIONS AUX CONTRAINTES DU SECTEUR DE LA PECHE OUEST-AFRICAINE?

6.1. Les pêcheurs artisanaux mauritaniens et sénégalais mobilisés depuis 2008

— Depuis 2008, les professionnels de la pêche artisanale du Sénégal (Conseil National Interprofessionnel de la Pêche Artisanale au Sénégal/ CONIPAS) et de la Mauritanie (Fédération Nationale des Pêches-Section pêche artisanale/FNP) ont noué un partenariat visant à l’exploitation artisanale durable des petits pélagiques. Ces efforts des professionnels ont conduit à la mise sur pied d’une commission mixte FNP/CONIPAS qui fait le bilan par rapport à la mise en oeuvre de l’accord Mauritanie – Sénégal, notamment au niveau des débarquements et de la commercialisation des produits capturés par la pêche artisanale sénégalaise, et discute des améliorations à apporter. Les professionnels mauritaniens et sénégalais participent maintenant également aux négociations officielles pour le renouvellement des protocoles successifs d’accord de pêche Sénégal/Mauritanie. Ils n’hésitent pas à chaque fois que de besoins de faire des propositions à l’endroit des décideurs au profit du secteur de la pêche en général les communautés de pêcheurs artisanaux des deux pays en particuliers.

I-QUELLES SOLUTIONS AUX CONTRAINTES DU SECTEUR DE LA PECHE OUEST-AFRICAINE? (Suite)

6.2. Les professionnels de la Mauritanie et du Sénégal veulent inciter leurs homologues de la sous région

— La Commission mixte des professionnels de la pêche artisanale des dits pays, en perspective, projette de se réunir très prochainement pour évaluer et mieux coordonner leurs actions. Cette rencontre sera élargie aux autres pays africains de la sous région ayant en commun une ressource partagée pour les inciter à aller vers une forme de partenariat similaire à celle des professionnels de la Mauritanie et du Sénégal afin de mener des actions communes de gestion et exploitation durable de la ressource pélagiques. Ces actions ,dans une harmonie ,pourront être porter au niveau de l’échiquier africain voir international par la CAOPA.

— 6.3- Limitation et régulation de la capacité et de l’effort de pêche

— L expérience menée à Cayar en 1992 et à Saint-Louis pour la pêche à la senne tournante qui a limité l’effort de pêche de cet engin respectivement à une seule sortie quotidienne et une sortie tous les deux jours, pour la pêche à la ligne à Cayar à deux caissons pourrait être vulgarisée et généralisée au niveau des différentes localités de du littoral.

— Les objectifs visés par cette mesure étaient, entre autres, la durabilité des ressources halieutiques et la création d’une meilleure mise en marché des débarquements.

 

VII- QUESTIONS RELATIVES A LA GESTION DURABLE DES PECHES MARITIMES AU SENEGAL.

— Le libre accès était la norme dans les pêches de capture. Les pêcheurs estimaient que chacun avait le droit de pêcher ce qu'il voulait ou ce qu'il pouvait. Aujourd'hui, on s'accorde à dire qu'il est indispensable de restreindre et de contrôler strictement les captures de poissons sauvages, car la durabilité de la ressource en dépend.

— La surpêche peut entraîner une baisse des captures et une réduction des approvisionnements en nourriture au niveau local. Un accès libre entraîne une dissipation des rentes économiques et la richesse dans le secteur est difficile, voire impossible à générer. Si les stocks côtiers de poisson du Sénégal sont de plus en plus exploités et si les écosystèmes marins dont ils dépendent deviennent plus en plus dégradés par la pollution, les méthodes destructrices de pêche et les effets du changement climatique, les pressions sur les stocks locaux augmenteront encore davantage si un régime d’accès libre est maintenu. Si à l’avenir les pêcheurs artisanaux n’ont pas accès aux eaux territoriales des pays voisins et sont contraints de pêcher dans leurs eaux nationales, il y aura encore plus de pression sur les stocks existants et sur l’écosystème marin. 



Auteur : MK

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